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La contingence des lois de la nature, ou comment formuler le problème de l’induction ?

par philo.doctes (8/03/2018)

Résumé de l’intervention de Julien Tricard (doctorant Sorbonne Université) le 5 avril 2018 :

On formule généralement ainsi le problème de l‘induction ou « problème de Hume-Mill. Il s’agit de démontrer le « Principe de l’induction », c’est-à-dire que les mêmes causes entraînent les mêmes effets, dans les mêmes circonstances. Or, on a de bonnes raisons de penser qu’on ne peut pas démontrer la vérité de ce principe, ni a priori parce qu’il n’est pas vrai analytiquement, ni a posteriori parce qu’une telle démarche serait circulaire. Ce que nous allons contester, c’est l’usage de la catégorie de causalité dans la formulation du Principe de l’induction. Nous défendrons donc la thèse suivante : pour résoudre le problème de l’induction, il ne faut pas montrer que les mêmes causes engendrent les mêmes effets. Nous avancerons pour y arriver deux arguments. Premièrement, la catégorie de causalité est inutile à la formulation du problème de l’induction. Pour le montrer, il faudra remonter à l’origine historique, dans la critique humienne de la relation de causalité ; puis tracer rapidement le chemin historique par lequel le problème de la causalité, a attrapé au passage le concept de « loi de la nature » pour devenir avec Mill le problème canonique de l’induction. Or nous montrerons que précisément, le concept de loi de la nature suffit absolument à le poser, et que l’usage de la notion de causalité n’est pas indispensable. Deuxièmement, la catégorie de la causalité est néfaste à sa formulation. Non seulement nous pouvons, mais aussi nous devons nous passer de la catégorie de causalité. En effet, son usage nous conduit directement à penser que c’est la contingence des lois de la nature qui pose problème, c’est-à-dire la possibilité qu’elles changent au cours du temps. Or, selon nous, cette idée d’un « changement possible des lois de la nature » n’a rigoureusement aucun sens, et une analyse du concept de loi de la nature nous montrera qu’une loi existe mais ne change pas, ou bien n’existe pas. Par conséquent, et ce sera notre conclusion, le problème de l’induction est de démontrer un principe existentiel : « Il existe des lois de la nature », et non un principe modal « les lois de la nature sont nécessaires ou ne peuvent pas être autres ».