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Séance du 7 février 2019 - Louis Rouillé - Salle F 050

par philo.doctes (5/02/2019)

À qui le discours fictionnel pose-t-il réellement problème ?

Épigraphe : « The safest general characterization of the European philosophical tradition is that it consists of a series of footnotes to Plato. » Whitehead 1929 Process and Reality.

Dans le Sophiste, l’Étranger de Platon critique la thèse menaçante de papa Parménide (dite PapaPa), qu’on trouve sovent sous la forme de cette incantation mystérieuse : « Être est, non-être n’est pas ». L’Étranger, qui cherche à coincer le sophiste, ce colporteur de non-être dans le discours, fait remarquer avec peine au pauvre Théétète que la thèse PapaPa a une conséquence bien malheureuse : trois types de discours ordinaires sont en réalité impossible, à savoir l’erreur, le mensonge et la fiction. Ces trois types de discours renvoient, chacun à sa façon, à un non-être. Afin de distinguer et de rendre compte de ces discours, l’Étranger propose qu’on tue gentillement le père afin de construire une ontologie moins binaire.

Le discours fictionnel pose donc problème à qui aime PapaPa. Rorty fait malicieusement le lien entre PapaPa et 4 familles de théories issues de la philosophie dite ’analytique’ qui voient un problème dans le discours fictionnel et proposent des solutions divergeantes à ce problème. La version analytique de PapaPa a une formulation tout aussi premptoire : « La référence présuppose l’existence ». Le discours fictionnel pose ainsi problème à toutes celles et ceux qui sont séduits par une telle maxime... La conclusion de Rorty nous mène à une thèse intéressante que l’on peut résumer dans cette formule : la fiction n’est pas un problème philosophique, mais elle est le problème d’un type de philosophie.

Remonter à Parménide est certes pertinent, mais je crois que c’est voir la question de très, très haut au point de ne plus distinguer ce qui doit être distingué. Rorty réussit en effet l’exploit de placer Russell et Meinong du même côté, parmi celles et ceux qui se refusent à tuer le père. Pourtant, les deux philosophes sont connus pour avoir soutenu des thèses véritablement contradictoires à propos des descriptions vides ! Non sans noter la saine ironie de Rorty, je propose une autre gigantomachie plus moderne qui nous fera remonter (seulement) à Brentano et à son programme de naturalisation de l’intentionnalité. Ce programme se heurte notamment à la difficile analyse des représentations sans objets. On verra, avec les disciples de Brentano, deux manières de comprendre ce que c’est qu’une relation. Chacun voyant la relation à sa manière, on expliquera pourquoi pour les uns, c’est la fiction qui pose problème et pour les autres, c’est la réalité.


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