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Appel à communication Journée d’études « Illusion et désillusion »

par philo.doctes (22/01/2020)

Appel à communication

Journée d’étude Philo’Doctes

Illusion et Désillusion

16 juin 2020 (Amphi Chasles, en Sorbonne)

DATE LIMITE prolongée, propositions à envoyer jusqu’au 15 mars 2020 inclus.

Confériencier.es invité.es

Clotilde Leguil (Université Paris 8-Saint Denis)

Pierre-Jean Renaudie (Université Lyon III)

L’association de doctorants en philosophie de Sorbonne Université, Philo’Doctes, lance un appel à communication pour sa quatrième journée d’étude sur le thème « Illusion et Désillusion ».


Appel à communications

L’association Philo’Doctes (http://philo-doctes.paris-sorbonne.fr/), rattachée à la Faculté de Lettres de Sorbonne Université, lance un appel à communications, destiné aux jeunes chercheurs et chercheuses intéressé.es à participer à la journée d’étude qui aura lieu le 16 juin en Sorbonne, autour du thème « Illusion et Désillusion ».

Cette journée d’étude aura pour but de donner l’occasion à de jeunes chercheurs, travaillant dans les différentes spécialités de la philosophie (histoire de la philosophie, phénoménologie, philosophie analytique, philosophie de l’esprit, philosophie de l’art, philosophie morale et politique), ainsi que dans les disciplines connexes, de venir présenter leurs travaux et de confronter leurs approches autour d’un thème commun.

La journée d’étude sera organisée autour des interventions de deux conférencier.es invité.es (Clotilde Leguil et Pierre-Jean Renaudie), et 3-4 jeunes chercheur.es ayant répondu à cet appel à communications.

Les propositions d’intervention seront à envoyer à l’adresse suivante : philo.doctes@gmail.com, avant le 15 mars 2020 (les modalités sont précisées ci-dessous). Sur la base des propositions reçues et à l’issue d’un processus d’évaluation rigoureux et anonyme, les chercheurs/euses sélectionné.es seront invité.es à faire une présentation de 30 minutes. L’association Philo’Doctes prendra en charge la restauration des intervenants sélectionnés au cours de la journée (le transport et l’hébergement restant à la charge des intervenants).

À qui s’adresse cet appel à communications ? Cet appel à communications s’adresse aux jeunes chercheurs (mastériens, doctorants et post-doctorants) travaillant dans tous les domaines de la philosophie et désireux d’apporter leur contribution au thème « Illusion et Désillusion » qui sera l’objet de cette journée d’étude.

Comment répondre à l’appel à communications ? Les jeunes chercheurs désirant participer à cette journée d’étude devront nous adresser une proposition sous la forme d’un résumé de 2500 caractères environ, à envoyer à l’adresse mail philo.doctes@gmail.com avant le 15 mars 2020, en mettant en titre du mail : « Proposition d’intervention journée d’étude ». Ce résumé devra décrire le projet d’intervention, en exposant les principales thèses qui seront présentées au cours de l’intervention ; le texte avec la proposition devra être anonyme, mais le mail devra contenir les informations suivantes sur l’intervenant : nom, prénom, numéro de téléphone, position actuelle, affiliation.

Comment s’effectuera la sélection ? La sélection sera effectuée de manière anonyme par les membres de l’équipe Philo’Doctes et par les chercheurs invités, et sera ouverte à tout type d’approche dans les différentes spécialités de la philosophie. La sélection se fera principalement sur la base de la qualité des résumés, même si les choix pourront également être motivés par le désir de garantir une diversité d’approches et de thématiques au cours de la journée. Les résultats du processus de sélection seront rendus publics à la fin du mois de mars.

Que fait-il entendre par Illusion et Désillusion ?
Une illusion est ce qui se donne pour autre qu’il n’est. Le dépistage de l’illusion est, en ce sens, l’une des grandes tâches que la philosophie s’est traditionnellement assignée. Ainsi, dans l’Allégorie de la Caverne, le philosophe est celui qui découvre que ses camarades prennent des ombres pour la réalité. Il est celui qui arrive à se détourner des faux-semblants et tente de contempler le vrai, qui se trouve ailleurs. Toutefois, en surmontant l’illusion généralisée dont les autres seraient victimes, ce personnage subit une double désillusion : d’abord, à la lumière de son regard de converti, sa situation antérieure lui apparaît comme misérable, absurde ; ensuite, sa tentative de détromper les autres, de les libérer de l’illusion, loin de conduire à une nouvelle ère de sagesse partagée, finit par lui coûter la vie, tant l’écart entre la vérité et l’illusion est grand, et tant le public est hostile à ce qu’ils perçoivent comme une forme de folie dangereuse. Ce récit fondateur soulève plusieurs questions. Faut-il toujours préférer la vérité (ou une juste perception de la réalité) à l’illusion ? Ou faut-il tenir compte de l’effet de la désillusion, à la fois sur soi et sur les autres ? Sommes-nous en possession de critères suffisant pour contrer les diverses formes de scepticisme, voire de nihilisme qui se fondent sur la généralisation de l’expérience de la désillusion, c’est-à-dire sur la perte de ce qui passait jusqu’alors pour une évidence ou une valeur ? Merleau-Ponty a-t-il raison de répondre que :

« si nous parlons d’illusion, c’est que nous avons reconnu des illusions, et nous n’avons pu le faire qu’au nom de quelque perception qui, dans le même moment, s’attestât comme vraie, de sorte que le doute, ou la crainte de se tromper affirme en même temps notre pouvoir de dévoiler l’erreur et ne saurait donc nous déraciner de la vérité » (Phénoménologie de la perception) ?

Y a-t-il une connaissance qui ne s’obtient que par la désillusion sans être elle-même sujette à l’illusion ou au doute ? Une illusion généralisée, sans aucune désillusion possible, a-t-elle encore un sens en tant qu’illusion ?

C’est autour de ce rapport problématique entre illusion et désillusion que nous voudrions organiser cette journée d’étude. Notre ambition est de faire dialoguer entre elles les différentes traditions de la philosophie, et en les encourageant à intégrer au débat des apports d’autres disciplines, telles que les études de la littérature et de l’art, les sciences naturelles et médicales, la science politique, l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, la psychologie, ou encore la théologie. Nous pourrions envisager ce questionnement de la relation entre illusion et désillusion sous au moins trois angles différents.

D’une part, on pourrait considérer le rapport entre l’illusion et la désillusion quant à ses enjeux traditionnels dans la métaphysique, l’épistémologie et la philosophie des sciences. Nous avons évoqué le problème multiforme de la réponse possible aux scepticismes et au nihilisme. On peut aussi penser à des questions plus spécifiques concernant l’évolution du savoir, le choix entre théories, paradigmes et programmes de recherche concurrents. Quelle importance faut-il donner à l’erreur et à la falsifiabilité des énoncés théoriques ? L’état de désillusion dans laquelle nous sommes vis-à-vis de la plupart des théories scientifiques et philosophiques passées a-t-elle des conséquences pour notre évaluation du savoir aujourd’hui ? Dans la philosophie de l’esprit également, le problème dit « difficile » que pose l’explication du rapport entre la conscience phénoménale et le monde physique a conduit certains philosophes à soutenir que l’expérience consciente est elle-même une illusion. Cette thèse est-elle intelligible, et si oui, comment comprendre le mode de désillusion qu’elle implique ? D’autres phénomènes mentaux impliquent des liens complexes entre illusion et désillusion : le rêve, l’hallucination, l’hypnose… comment en rendre compte de manière adéquate ? Considérons, enfin, le rapport à soi. Ce qu’on appelle traditionnellement « le moi » s’avère souvent insaisissable ; est-il une illusion, et si oui, de quel genre ? D’ailleurs, étant donné notre rapport apparemment privilégié à nous-mêmes et à nos propres états d’esprit, comment est-il possible d’être dans l’illusion sur nous-mêmes ? Et quelle est la signification de la désillusion pour la connaissance de soi ?

D’autre part, nous pourrions considérer l’illusion et la désillusion dans la vie sociale. Quel rôle joue l’illusion dans la constitution d’une nation, d’un peuple, d’une classe sociale et d’une conscience de classe, d’un projet de vie ? Jusqu’où peut-on avoir conscience du caractère illusoire d’un récit tout en y croyant d’une certaine façon ? Comment, d’ailleurs, définir la limite entre l’illusion et le mensonge, ou la contre-vérité ? La question prend un écho particulier à une époque de diffusion massive de fausses informations, ces fameuses « fake news » ou infox. Quels sont les obstacles spécifiques à la démocratie et à la délibération publique aujourd’hui face à ce discours délibérément illusoire et à la désillusion d’une partie du public par rapport à ce que peut offrir la politique ? Quelle est la place des grands idéaux collectifs en politique aujourd’hui, et plus généralement dans l’histoire ? Un idéal peut-il résister à la désillusion qui semble faire partie du jeu politique électoral contemporain ?

Enfin, nous pourrions envisager la place de l’illusion et la désillusion dans le domaine de l’esthétique et de l’art. L’art, au sens large, a-t-il pour fonction de créer des illusions ? Comment caractériser l’état de réceptivité à la fiction que l’on appelle « suspension de l’incrédulité » ? L’artiste n’est-il pas particulièrement aux prises d’une désillusion possible, étant donné son aspiration à un idéal incertain ? Doit-on considérer, avec le philosophe et poète américain John Koethe, que le risque de la désillusion fait nécessairement partie de la démarche artistique, comme le doute ne peut être éliminé de la foi religieuse ? Comment, d’ailleurs, caractériser le sentiment de désillusion éprouvée face à une œuvre, une personne ou une cause, que nous avons estimée, mais qui nous apparaît désormais comme ridicule, vain, voire nuisible ? L’apport de la littérature et de la poésie paraît ici particulièrement utile à approfondir. Enfin, sur quoi sont fondés nos jugements de valeur ? Est-il illusoire de leur attribuer une quelconque forme d’objectivité ? Le manque de critères objectifs et universels pour fonder ces jugements est-il un motif légitime de désillusion, voire d’angoisse ?

Ces axes de questionnement ne sont pas, bien entendu, ni exclusifs ni exhaustifs, et ils ne représentent pas forcément des voies distinctes l’une de l’autre, mais ils visent à illustrer le type de questionnement qui pourra être développé au cours de cette journée d’étude.