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Foucault : pour une histoire critique de la pensée

par philo.doctes (17/05/2014)

Intervention du 22 Mai de Mariangela Pellegrini :

Résumé : Tout au long de son chemin philosophique, Foucault a eu un intérêt constant pour la question du sujet. Le but de mon exposé est d’indiquer, dès la première tentative de critique radicale du sujet des années soixante, une corrélation étroite entre l’histoire et la critique, ou bien, entre la recherche des conditions historiques de la pensée et l’activité critique. Voici comme Foucault formule le problème : « Je voudrais dire d’abord quel à été le but de mon travail ces vingt dernières années […] j’ai cherché plutôt à produire une histoire des différents modes de subjectivation de l’être humain dans notre  culture » (Dits et Ecrits, IV, n° 306 [1982], Paris, Gallimard, 2001, p.222). Il s’agit alors du projet foucaldien de la constitution du sujet dans une trame historique ; en d’autres termes, le sujet est conçu comme un corrélatif historique où l’histoire est la boîte à outils qui sert à déconstruire la construction du sujet. L’enquête archéologique entamée dans Les mots et le choses servirait par exemple à repérer non pas l’origine ou le caractère originaire de l’homme, mais davantage à identifier les processus ayant formé les discours sur les modes d’être de l’homme. Les enjeux philosophiques qui sont à la base de l’intérêt constant de l’histoire critique de la pensée amèneront pourtant Foucault à dialoguer avec l’héritage critique de Kant. On sait que la question critique se manifeste déjà dans sa Thèse complémentaire consacrée à L’anthropologie d’un point de vue pragmatique, et dans les derniers textes du historien philosophe qui révèlent un retour tout à fait explicite de la question. Je me réfère au programme foucaldien dont la formule énigmatique et fascinante constitue le point focal de ma thèse : « ontologie critique de nous-même », qui apparaît notamment en relation à la question Was ist Aufklärung ?. Pour cette raison il est important, pour comprendre le noyau critique de l’ontologie historique, de suivre la possibilité d’un solide fil conducteur kantien, justement à partir du congé pris par Foucault de la question de l’illusion du sujet transcendantal, en assumant dans le champ de la subjectivité le mode d’être historique propre à l’homme.