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Comment faut-il interpréter la critique de l’ontologie et de la totalité chez Emmanuel Levinas ?

par philo.doctes (13/02/2015)

Intervention du 19 février de Chiara Pavan :

Résumé : Dans cet exposé, il s’agira d’interroger la critique que Levinas adresse à l’ontologie, telle qu’elle a été élaborée tout au long de la pensée occidentale, et qui serait fondée, selon ses analyses, sur la domination d’un principe de totalité. En effet, si Levinas est connu notamment pour sa tentative de rendre compte de l’éthique à partir du respect de l’altérité de l’autre personne, et s’il vise à élever l’éthique au rang de philosophie première, ces exigences se fondent précisément sur sa critique de l’interprétation occidentale de l’être et sur la conséquente impossibilité de dériver de l’ontologie la relation éthique, la singularité des êtres, la transcendance et le respect d’Autrui.

En 1974, avec la publication d’Autrement qu’être ou au-delà de l’essence, la tentative de dépasser l’ontologie en faveur de l’éthique semble atteindre son sommet. Très sommairement, on pourrait en exposer les raisons ainsi : la philosophie occidentale a toujours privilégié les idées d’unité, de synthèse, de totalité, à travers lesquelles elle a essayé de donner une explication à la fois de la réalité, du monde, des individus et des communautés ; à cause d’un tel choix, plus ou moins conscient, la philosophie n’a pas été capable de rendre compte de la singularité des individus et de l’altérité de l’autre personne ; or, la notion d’être semble à Levinas celle qui, par excellence, permet d’unifier et de regrouper tout ce qui existe en vertu de l’homogénéité qu’elle institue entre les différents êtres ; de là, il s’ensuit qu’une philosophie qui ne veut pas exclure l’idée de transcendance, d’extériorité et d’altérité, doit concevoir une autre philosophie première, qui ne soit pas une ontologie, mais une éthique.

Mon hypothèse consiste à affirmer qu’il est impossible de justifier la critique de l’ontologie et d’en comprendre la profondeur, sans se référer aux tout premiers textes de Levinas, à partir des années 1930 et 1940. Il apparaît alors que l’élaboration de l’éthique levinassienne n’implique ni une élimination de l’ontologie, ni un désintérêt envers l’être en faveur de l’étant, et qu’il ne s’agit donc pas d’oublier ou de destituer l’ontologie, mais plutôt de reposer à nouveaux frais la question de l’être : avant toute élaboration de la relation éthique, avant toute démarche de dépassement de l’ontologie ou de sortie de l’être, avant toute métaphysique, s’impose pour Levinas la tâche de reconnaître la structure de l’être que la pensée occidentale aurait manquée et que Levinas retrouve dans l’être comme il y a. Nous allons procéder sous le guide de trois questions : 1) En tant que quoi l’ontologie est-elle critiquée ? 2) Quel est le sens de la totalité que Levinas critique ? 3) Comment doit-on alors concevoir le remplacement de l’ontologie par l’éthique ?