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Stasis

par philo.doctes (13/02/2015)

Intervention du 5 mars de Julien Rabachou :

Résumé : Deux moments au moins de l’histoire humaine, l’Antiquité grecque et la Période moderne, ont développé des formes de sociétés politiques particulièrement unifiées et achevées, les Cités puis les États-nations ; or pour le philosophe, ces deux formes de communautés politiques sont d’emblée problématiques à penser, d’une part parce qu’il faut expliquer comment une pluralité d’individus peut à ce point s’identifier et s’intégrer à une communauté que celle-ci en devienne une véritable « individualité collective », d’autre part parce que l’expérience concrète que nous avons de la politique, bien loin de renvoyer à l’unité, est celle des désaccords, des conflits, des tiraillements. Le concept grec de « stásis  », de « division », voire de « guerre civile » peut fournir un bon paradigme pour penser l’articulation entre unité et multiplicité politiques : la « stásis  » est un risque permanent, pour la communauté, de retour à la multiplicité, sur fond d’une unité toujours réaffirmée. Nous tenterons de dégager du modèle antique de la cité unifiée malgré la « stásis  » trois conséquences pour comprendre la réalité des États-nations tels que nous les connaissons : théoriquement, l’unité de l’État moderne malgré la multiplicité est garantie par le pouvoir exorbitant du Souverain ; pratiquement, la multiplicité malgré l’unité n’est pas forcément une division mais peut être envisagée comme politiquement féconde ; ontologiquement, les États-nations apparaissent comme de véritables individualités mais qui admettent la multiplicité et sont donc de l’ordre du « davantage qu’un ».