Accueil du site > Colloque Philo’Doctes > Archives > Session de printemps 2015 > Sylvain Josset

Redoublement de la certitude et « logique du coeur » chez Pascal

par philo.doctes (30/03/2015)

Intervention du 9 avril 2015 (Sylvain Josset)

Si le cœur pascalien correspond d’abord à une faculté spirituelle, il est également une faculté de connaissance par sentiment tant des « choses divines » que des « premiers principes ». Il doit donc pouvoir connaître et accéder à des vérités. Or, comment peut-il s’assurer que ce qu’il atteint correspond bien à une vérité ? Pascal semble d’abord hériter de Descartes la « mutation » de la vérité en certitude, avant de complexifier ce geste cartésien en refusant d’accorder à la certitude le statut de strict critère de vérité. En effet, si la certitude est d’abord le fait de sentiments permettant d’accéder à des vérités, Pascal découvre également la possibilité de la certitude de fantaisies pouvant conduire à des erreurs puisque « la fantaisie est semblable et contraire au sentiment », comme il l’indique dans ses Pensées. Il s’agit donc désormais de parvenir à la certitude que mon sentiment est bien un sentiment, et non une fantaisie, c’est-à-dire de parvenir à la certitude de la certitude de la connaissance que permet mon sentiment. Or, comment est-il possible d’atteindre ce redoublement de la certitude ?

L’expression schelerienne de « logique du cœur », reprise par Heidegger, peut permettre de saisir la doctrine pascalienne de la certitude. Si le cœur a, selon Pascal, « ses raisons » et « son ordre », il a alors sa « logique » propre et est hiérarchiquement ordonné. Chaque sentiment supérieur vient suppléer et apporter au sentiment inférieur la certitude de sa certitude. Ainsi, le cœur pourrait lui-même devenir sa propre règle permettant de distinguer certainement sentiment et fantaisie. C’est ce que semble défendre Pascal dans son Mémorial. Il écrit : « Certitude, certitude, sentiment, joie, paix ». La certitude de la certitude du sentiment ne pourrait s’établir que lorsque le cœur ordonné parvient à accéder à son « ordre » propre, c’est-à-dire à celui de la charité, par la grâce du Christ. L’expression « certitude, certitude » ne serait pas une simple répétition de Pascal, mais plutôt une formule indiquant proprement le redoublement de la certitude auquel il aurait eu accès cette nuit du 23 novembre 1654. La foi elle-même, en tant que sentiment, ne pourrait être garantie que par un sentiment supérieur, et également surnaturel : celui de la « vue », terme présent dans le parchemin du Mémorial. Ce sentiment permettrait alors de garantir le redoublement de la certitude de tout sentiment, tout en garantissant lui-même par sa clarté extraordinaire sa propre certitude.