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L’identité, dans le cercle du donné et du construit

par philo.doctes (12/01/2016)

L’identité, dans le cercle du donné et du construit

Certains objets semblent vagues : c’est par exemple le cas de l’Everest, dont on ne peut pas tracer la limite précise. L’alternative semble alors la suivante. Soit l’on admet avec Michael Tye qu’un tel objet est bien vague en soi (mais le vague ne relève-t-il pas de la seule imperfection de nos représentations ?). Soit l’on affirme avec Timothy Williamson que de toutes les frontières possibles de l’Everest, une seule est la bonne (même si nous ignorons laquelle). Ces deux réponses contre-intuitives ont en commun de supposer qu’il existe un « Everest en soi », indépendant de nos représentations. D’où la tentation d’adopter une tierce position : il n’y a pas d’objet en soi, c’est notre pensée qui, par ses concepts, délimite des objets dans le continuum du monde. Il s’agit pour nous d’envisager la difficulté majeure à laquelle est confrontée cette réponse : on ne peut pas appliquer n’importe quel concept à n’importe quelle portion de l’espace-temps. Il y a plusieurs manières de projeter l’Everest, mais celui-ci ne peut pas être projeté n’importe où. Si l’identité doit être construite, il faut donc d’abord qu’elle soit donnée. Il s’agit alors de se demander si nous rencontrons là une contradiction qui mine la réponse constructiviste, ou un paradoxe qui pousse à la clarifier.