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Savoir ce que je veux vraiment. Lectures analytiques de Sartre

par philo.doctes (22/03/2016)

Résumé de l’intervention de Samuel Webb du 22 mars 2016 :

Nous ne savons pas toujours ce que veulent les autres, mais nous savons comment nous y prendre pour le faire. Imaginons la scène suivante : je suis au restaurant avec un ami. Au moment de commander, j’hésite un instant. Un peu pressé, mon ami intervient : « il voudrait le plat du jour, s’il vous plaît ». Je lui demande : « Comment sais-tu ce que, moi, je voudrais ? ». « J’ai vu comment tu regardais la table à côté... » me dit-il, « Et de toute façon, tu finis toujours par prendre ça ». Je trouve la démarche de mon ami présomptueuse, mais elle ne m’étonne pas. Imaginons maintenant cette autre scène : je dîne encore avec un ami, philosophe celui-ci. Chacun commande pour lui-même. Avec cet air étrange qui le prend parfois, il me demande : « Comment sais-tu ce que tu veux ? » « Pardon ? » « Ce que tu veux. Comment tu le sais ? » En quoi ma question, dans la première scène, ne posait-elle pas problème, alors que la question de mon ami philosophe paraît si décalée ? C’est que d’ordinaire une personne possède une certaine autorité pour dire ce qu’elle veut, et pourtant elle ne s’observe pas elle-même pour fonder ce savoir, ne s’appuie sur aucun fait la concernant pour s’attribuer un désir ou une intention.

Comment expliquer cette apparente asymétrie entre la manière dont je sais ce que je veux et celle dont je sais ce que veulent les autres ? Dans la philosophie analytique contemporaine, il existe de nombreuses tentatives pour répondre à cette question. Une position classique, dont les racines remontent à Descartes et à Locke, postule une forme d’accès privilégié d’une personne à son propre esprit. Je sais immédiatement ce que je veux parce que je détecte directement mes désirs « de l’intérieur », par une sorte de sens interne. Mon communication prend pour point de départ un autre modèle de la spécificité du rapport à soi, développé par Richard Moran et Charles Larmore. Ces auteurs s’appuient sur une certaine lecture de Sartre pour mettre en avant notre capacité en tant qu’agents de nous décider, de nous engager. Or, si ce modèle est assez éclairant au sujet de la croyance et l’intention, il se heurte à des difficultés quand on essaie de l’appliquer aux désirs. J’essaierai de montrer que pour rendre compte de la manière dont « je sais ce que je veux vraiment », et notamment de la manière dont j’ai conscience mes propres désirs en première personne, il faut revenir à des aspects de la phénoménologie sartrienne laissés de côté par Moran et Larmore.