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A quoi sert la discussion sur l’opinion fausse du Théétète de Platon ?

par philo.doctes (12/03/2016)

Résumé de l’intervention de Yu-Jung Sun (Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne) du 7 avril 2016 :

L’objet initial du Théétète est de trouver la définition du savoir. Or, au lieu de démontrer l’essence du savoir, Platon révèle la nécessité de l’erreur. La possibilité de l’erreur n’est pourtant ni justifiée ni établie, puisque toute tentative d’argumentation sur la fausseté tombe dans l’échec. Cette séquence d’échecs rend indéterminée la leçon que donne le Théétète dans l’ensemble des dialogues platoniciens, et met en question la raison d’être de la discussion sur l’opinion fausse dans ce dialogue. Le lien entre le savoir et l’erreur est à la fois mis en lumière et mis en doute : l’erreur est posée comme une condition nécessaire dans la question de l’essence du savoir, or il semble que la connaissance sur l’erreur elle-même exige déjà une certaine notion du savoir. Comme le dit Socrate : « il est impossible de connaître l’opinion fausse avant d’avoir saisi suffisamment ce que peut bien être la science . » Platon défend-il un point de vue progressiste qui considère le savoir comme une sensation généralisée et une opinion évaluée ? Ou défend-il en réalité une thèse anti-progressiste du savoir ? La discussion sur l’opinion fausse, qui est en effet la question centrale dans la deuxième définition du Théétète, fait naître ainsi de nombreuses controverses jusqu’à nos jours. Le débat se concentre sur la question de l’utilité dans la présentation des arguments échoués. Certains commentateurs sont convaincus qu’il s’agit d’un manque de connaissance de la part de Platon , que tous les arguments sur l’opinion fausse ont échoué ; tandis que d’autres cherchent à montrer que l’échec de l’argumentation est en réalité une mise en scène dans le dialogue, qui sert à éclairer certaines notions . Examinons d’abord le passage 168b-199b ainsi que ses commentaires, où Socrate nous présente ses cinq arguments et envisage la possibilité d’avoir une opinion fausse. L’examen de ces cinq arguments placés en parallèle me permet de mettre en évidence un élément qui n’est présent dans aucun d’entre eux : un « savoir des relations ». Et ce n’est qu’en se rapportant à la lecture du Sophiste, que la démonstration sur la pertinence de ce savoir des relations devient plus claire.