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Le labyrinthe en art. Paradoxe et parcours.

par philo.doctes (8/05/2016)

Résumé de l’intervention de Justine Prince (Université Paris-Sorbonne) du 12 mai :

Depuis son introduction dans l’art occidental par le mythe de Dédale, la figure du labyrinthe désigne à la fois une construction (le palais aux détours inextricables imaginé par l’ingénieur Dédale) et un parcours (celui de Thésée, matérialisé par le fil d’Ariane). Ces deux dimensions semblent s’opposer : Dédale propose une architecture rationnelle et méthodique pour engendrer l’errance. Il serait toutefois possible de faire disparaître cette tension apparente en opposant dans les œuvres labyrinthiques une structure géométrique construite par l’artiste et l’expérience d’un vertige qu’en ferait le spectateur ou le lecteur. Nulle contradiction à penser une œuvre bien réglée qui produise chez son spectateur une impression de désordre ou d’égarement.

Or tout l’intérêt de la figure du labyrinthe réside précisément dans la remise en cause de l’opposition admise entre les pôles de la création et de la réception en art. Il ne faut pas simplement opposer l’objet construit labyrinthe à l’expérience psychologique qu’en ferait le sujet qui l’éprouve. Nous montrerons dans un premier temps que c’est la construction dans ses procédés mêmes qui va engendrer le paradoxe d’une désorientation réglée. L’égarement labyrinthique est ainsi indissociable de ses procédés de création tels que la multiplication, la prolifération ou la saturation des contraintes. Nous proposerons dans un deuxième temps de nous arrêter sur la notion de parcours qui permet bien de penser un vertige par prolifération des contraintes tant du côté de la construction de l’œuvre que de celui de son expérimentation. Renvoyant à l’accomplissement d’un trajet déterminé, l’idée de parcours comprend la construction poétique du chemin à suivre et son activation dans l’expérience esthétique qui en est faite. Mais il faudra alors problématiser cette notion de parcours labyrinthique selon les mediums concernés : comment comprendre cette nécessité d’un parcours lorsque nous ne sommes pas face à des œuvres spatiales ? Il s’agira de montrer qu’il est possible de parler de parcours non seulement dans des œuvres spatiales qui permettent une réelle déambulation, mais également dans des œuvres picturales, musicales ou littéraires.