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Entente des voix : De la théorie acousmatique à la nouvelle phénoménologie en France

par philo.doctes (6/06/2016)

Résumé de l’intervention d’Ekaterina Odé du 8 juin 2016 :

La théorie acousmatique se construit vers la deuxième moitié de XXème siècle en France (P. Schaeffer). Elle s’appuie, d’un côté, sur une notion provenant de la philosophie grecque ancienne, d’abord pythagoricienne, qui a beaucoup influencé la pensée antique ultérieure ; et d’un autre côté , elle s’inspire du projet husserlien de la théorie de l’objet et de la réduction phénoménologique. Nous présenterons dans notre exposé avant tout une étude d’une distinction fameuse qu’on trouve parmi les élèves de Pythagore entre les acousmatiques et mathématiques dont les premiers n’ont le droit que d’écouter leur maître sans le voir ni sans lui poser de questions. Ainsi, la voix acousmatique est une voix dont la source est invisible ou cachée. Cette notion se réinvente au XXème siècle en tant que concept dans la théorie de la musique et du cinéma et redevient ensuite un concept philosophique, voire psychanalytique-psychiatrique (Dolar, Wernicke), et renvoie à l’entente de la voix de quelqu’un d’absent ou dont nous ignorons la présence. D’après la découverte faite en médecine dans les années 1990, le fait d’entendre les voix ne témoigne plus de la présence des troubles psychiques chez l’individu, ce qui rend possible l’analyse de cette voix dans la pensée dite « normale » de l’individu. La psychanalyse freudienne nous a fourni le terme de Spaltung pour désigner un tel état d’apparition d’un double « soi » chez l’individu. Nous retrouvons dans la « nouvelle phénoménologie » ensuite, et notamment chez Marc Richir, la reprise de cette notion de Spaltung pour développer et illustrer la situation dialectique que crée tout discours dont la rhétorique est un instrument de manipulation. Le but de notre exposé est double : dans un premier temps il s’agit de présenter la recherche autour de la théorie acousmatique (P. Schaeffer, M. Chion, F. Bayle) dont l’enjeu est de définir la nature phénoménologique de l’objet acousmatique afin de savoir si l’on peut vraiment parler de la « réduction acousmatique » de l’objet sonore que propose P. Schaeffer. Il s’agit d’une controverse qui existe entre la théorie psychanalytique (M. Dolar) et phénoménologique -esthétique (B.Kane) de l’acousmetrie - à savoir : peut-on considérer l’objet acousmatique en tant qu’objet phénoménologique. Dans un deuxième temps, il s’agit de nous interroger sur la nature de la pensée de l’individu qui entend les voix. Comme nous le voyons dans le cinéma (Psychose ou Testament de Dr. Mabuse) et dans les cas réels de l’entente des voix que nous citerons, la voix acousmatique est souvent très autoritaire et presque jamais explicite. Ainsi, nous nous posons la question de savoir quelles sont les stratégies méthodologiques d’usage de la voix acousmatique en philosophie et au cinéma.