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Structure défigurée de la conscience malheureuse dans la pensée de Hegel

par philo.doctes (21/02/2017)

Résumé de l’intervention de Lorena Souyris (ENS-ERRAPHIS-LEGS) du 23 février 2017.

Dans la pensée de Hegel, la figure de la « conscience malheureuse » est essentielle pour comprendre le statut de la reconnaissance, de la contradiction, du déchirement et de la scission. Ainsi, la Phénoménologie de l’esprit a été consacrée comme une œuvre capitale pour pouvoir rendre compte des moments figuratifs du caractère dialectique de « l’apparaître » dans le « paraître » phénoménal de cette conscience. Pourtant, le processus par lequel la conscience se détache en soi-même pour soi-même implique une mutation dialectique qui décrit un double mouvement : d’une part, le sujet cherche la certitude d’un objet externe et finit par le trouver en soi-même (esprit subjectif). D’autre part, le sujet, pour s’affirmer, s’oppose/se nie face à un autre sujet qu’il détruit/dépasse ou soumet (esprit objectif). Dans cette perspective, on découvre chez Hegel une expérience du tragique de la vie où les concepts de contradiction, de déchirement et de lutte inscrivent et déterminent la formation de la conscience.

Depuis ce point de vue, les déplacements théoriques que Hegel met dans ce que nous appelons la subjectivité ouvrent une perspective épistémologique qui ressaisit le travail de l´acte critique en tant que praxis qui se propose d’établir un savoir critique. Ce savoir se définit comme un processus réflexif dans le mouvement des figures de la conscience, dans la mesure où ce terme dénote une pensée-parlante que meut des figures vers le défiguré et qui permet à la conscience de faire d´elle-même un trajet, c’est-à-dire son propre parcours critique. De sorte que le processus de validation requis pour mener à bien la spécificité d’une pensée critique dans la position subjective est l’élément conceptuel qui apparaît dans le mouvement dialectique de réflexion et qui maintient la condition subjective mais comme conscience déjà scindée, dont la réalisation est possible quand, lors de cette scission, elle apprend à être en relation négativement, en contradiction avec sa propre particularité.

À partir de ce cadre théorique, je réfléchis au pouvoir politique du statut du défiguré dans la conscience malheureuse. Ainsi, le moment du malheur qui constitue la conscience malheureuse est compris comme l´institution du lieu de l´acte critique dans la position subjective où le sujet actuel ne sait plus que penser. Ainsi la position subjective est comme le symptôme de la crise actuelle dont l’exigence sera la réflexion sur la capacité critique.