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Spinoza : l’impossible science de l’éducation ? Détours par Hobbes.

par philo.doctes (27/02/2017)

Résumé de l’intervention de Cyprien Coste (Université Paris I) du 2 mars 2017 :

Spinoza est un auteur connu pour ses positions contre les préjugés et l’intolérance religieuse. Il l’est moins pour les différents domaines qu’il a pu esquisser, parmi lesquels figure la science de l’éducation, dont l’expression apparaît au paragraphe 30 du Traité de la Réforme de l’Entendement. Le vocable « science » ne correspond pas vraiment à la lettre latine, puisqu’il s’agit d’étudier la doctrina de puerorum educatione, en d’autres termes, d’enseigner une doctrine de l’éducation qui convienne aux enfants. Cependant jamais Spinoza n’enseignera les préceptes, ou du moins d’une manière non avérée. Au-delà du fait qu’on peut déceler dans l’Éthique des moyens de penser une transformation de l’enfant, on pourrait s’interroger sur ce qui serait un « refus » spinoziste d’approfondir une science de l’éducation en tant que telle. Doit-on interpréter cette absence de doctrine comme un refus ? Enfin, quel sens donner à ce refus ? Nous aimerions établir une comparaison avec la philosophie de Hobbes, sur un domaine qui n’est pas très éloigné de l’éducation, l’anthropologie politique. Par anthropologie politique, nous entendons la « théorie de la nature humaine » dont les implications sont politiques ou plus largement sociales : le langage, les passions ou le désir de puissance. Cette étude nous permettra de montrer que la différence entre Spinoza et Hobbes repose moins sur l’anthropologie en tant que telle que sur la conception de la science politique pour penser et agir sur la nature humaine. Chez Hobbes, la science ou la philosophie politique est certaine du fait qu’elle a un objet distinct de la philosophie naturelle : le corps civil issu de la volonté humaine, l’État. Nous voulons alors montrer qu’à la différence de Hobbes qui considèrent les actions humaines comme lisibles, Spinoza considère qu’il ne sait pas ce que « peut le corps ». Ce principe théorique d’une méconnaissance de soi expliquerait sans doute la méfiance de Spinoza à l’égard de toute science auto-proclamée qui entendrait régir les hommes.