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La nature a-t-elle une histoire ? (Hegel, Schelling)

par philo.doctes (27/02/2017)

Résumé de l’intervention de Raphaël Authier (Université Paris IV) du 9 mars 2017 :

Lorsque nous parlons aujourd’hui d’histoire de la nature, c’est par référence implicite à au moins une des idées suivantes : l’idée d’une évolution des espèces (fondée notamment sur la théorie de Darwin), l’idée d’une évolution de la structure géologique terrestre (fondée sur la théorie de la tectonique des plaques développée depuis Wegener), l’idée d’une histoire de la formation de l’univers (théories cosmologiques souvent résumées par l’hypothèse du « big bang »). Cet exposé partira d’une question paradoxale : comment se fait-il que Hegel et Schelling, qui ou bien ignorent ou bien refusent ces théories scientifiques et celles qui leur sont directement apparentées, aient été tentés d’admettre l’idée d’une histoire de la nature ? Il nous faudra tout d’abord expliquer ce qu’ils entendent par là, préciser ce qu’implique pour la nature le fait d’avoir une histoire, et nous demander si cette historicité est identique à l’historicité des sociétés humaines (ou s’il s’agit de deux significations équivoques). Il conviendra ensuite d’essayer d’expliquer pour quelles raisons précises Hegel et Schelling ont refusé les théories scientifiques (émergentes à l’époque) suggérant l’historicité des formes naturelles (paléontologie, biologie évolutionniste), mais aussi pour quelles autres raisons ils ont, à un moment ou à un autre, parlé d’histoire de la nature. Chacun des deux le fait en s’appuyant sur un paradigme particulier : Hegel à travers l’idée d’une histoire de la Terre, Schelling à travers l’idée d’une transformation des espèces. Leur réponse, extrêmement ambiguë, revient à admettre l’idée d’une historicité de la nature, pour nuancer ensuite le propos et considérer qu’il s’agit d’une histoire « arrêtée », comme figée : comme s’il était vrai de dire que la nature « a eu » une histoire, bien qu’il ne soit pas vrai de dire que cette histoire se poursuit encore aujourd’hui. Notre objectif sera donc de comprendre la logique de cette position ambiguë, et de tenter d’en tirer quelques conséquences philosophiques plus générales.