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Quelle critique d’art pour les arts de masse ? Enquête sur les fondements d’une hiérarchie des arts.

par philo.doctes (27/03/2017)

Résumé de l’intervention de Thomas Mercier-Bellevue (ENS Lyon) du 27 avril 2017 :

Les arts de masse souffrent d’un criant manque de légitimité. Commerciales, standardisées, mercantiles, aliénantes, ces productions voient leur statut même d’œuvres d’art mis en doute. Beaucoup critiqués, les arts de masse ne font toutefois l’objet que de très peu de critiques, au sens d’un examen rationnel visant à établir des distinctions et à formuler des évaluations selon des critères définis et fondés en raison. Aucun discours ne semble venir étayer le rejet qui frappe ces arts. Or, s’il s’agit bien d’arts, il existe un discours censé en déterminer rationnellement la valeur : la critique d’art. Garante d’une conception traditionaliste de l’art, cette dernière contribue à élaborer et à faire perdurer certains régimes d’évaluation. Dans la mesure où la critique d’arts, comme tout discours, sélectionne et construit ses objets, elle repose sur des systèmes axiologiques qui s’exercent, selon nous, au détriment des arts de masse. Nous souhaitons démontrer que la critique d’art, adossée à une certaine esthétique théorique, a contribué à construire les arts de masse comme objet frappé d’indignité, ce qui a empêché l’avènement de discours conséquents sur ces œuvres. Parallèlement, l’étude empirique des arts de masse montre que ces œuvres, parce qu’elles battent en brèche les conceptions traditionnelles de l’art, semblent résister au discours critique. Dès lors, faut-il reconnaître que la nature des arts de masse implique une discursivité promotionnelle plutôt que critique, ou faut-il réformer la critique d’art de manière à ce qu’elle soit en mesure d’appréhender ces arts ? Notre travail consiste à faire l’archéologie des présupposés théoriques qui sous-tendent la critique d’art et à tenter de proposer des outils permettant d’appréhender ces productions. Pour comprendre les œuvres des arts de masse dans leur singularité et à leur juste valeur, il convient de produire les conditions théoriques d’élaboration d’un discours adapté, qui saisisse les enjeux, les fins et les caractéristiques formelles propres à ces œuvres. Faire advenir un tel discours, cela implique de reposer la question du type de rationalité à l’œuvre dans le discours critique.