Accueil du site > Colloque Philo’Doctes > Archives > Session d’automne 2017 > Alexandre Charrier

Hétérogénéité du concept de soi : quelle unité possible ?

par philo.doctes (13/11/2017)

Intervention d’Alexandre Charrier (doctorant à l’Université Paris-Nanterre) le 16 novembre 2017, G366 en Sorbonne

Le concept de soi envisagé sous l’angle de la psychologie commune, c’est-à-dire selon l’usage et la représentation que nous nous en faisons, semble univoque et peu problématique : ce que nous désignons par « soi », c’est alors la réalité invariable et permanente qui joue comme substrat de multiples affections biologiques, psychologiques ou encore sociales. En ce sens, ce concept ne paraît pas soulever d’ambiguïté. Il n’en va pas de même au sein de la philosophie de l’esprit, où il reçoit une pluralité de définitions tantôt solidaires, tantôt exclusives. W. James (1890) déjà distinguait un sens physique du soi, d’un sens mental et d’un autre social. Distinction qui non seulement demeure dans les travaux contemporains qui traitent de ce concept, mais se trouve enrichie par de nouvelles acceptions comme chez U. Neisser (1988), qui dissocie le soi écologique (c’est-à-dire la façon dont un individu se considère comme un agent actif au sein d’un environnement) du soi interpersonnel (ou social), réfléchi (soit la conscience d’être ce que je suis), étendu (dans le temps) ou encore privé (capable d’introspection). De même, G. Strawson (1999) conçoit trois formes du soi : celle cognitive, incarnée et narrative (c’est-à-dire le soi comme produit d’un récit de soi, sur soi). Une telle pluralité de définitions pose alors la question de savoir si elles désignent bien la même chose, ou si elles qualifient plutôt — à travers un usage ambigu du même concept — des choses différentes. Et à supposer qu’il s’agisse bien de conceptions différentes d’une même chose (le soi), encore faudrait-il déterminer où résiderait l’unité de ce concept par-delà la diversité par le biais de laquelle nous pouvons l’appréhender.

Une telle enquête nécessite (I) de présenter cette pluralité d’acceptions et tenter d’en saisir les grandes tendances, en l’organisant à l’aune de critères suffisamment clivants pour discerner des alternatives élémentaires. Alors pourra-t-on (II) considérer et évaluer les différentes hypothèses au moyen desquelles appréhender cette diversité. C’est l’hypothèse sceptique qui semble alors la plus raisonnable mais aussi la plus judicieuse pour rendre raison de cette multiplicité, puisqu’elle permet (III) d’en déterminer la genèse (comment en vient-on à un tel éclatement ?) ainsi que les conditions de possibilité (comment une telle pluralité est-elle possible ?), nous mettant sur la piste de ce qui pourrait bien constituer le principe de l’unité des concepts du soi.