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Paul Ricoeur. Une théorie du juste à trois usages : téléologique, déontologique et sagesse pratique

par philo.doctes (4/02/2018)

Résumé de l’intervention d’Adélaïde Gregorio Fins (doctorante à l’Université Paris-Sorbonne) le 8 février 2018 :

Autour de l’idée de la justice, l’approche réflexive de Paul Ricœur (1913 - 2005) montre tout d’abord que la justice enveloppe une signification éthique et morale. Mais cette signification de la justice comme « visée de la vie bonne avec et pour autrui dans des institutions justes » (Soi-même comme un autre, 1990) ouvre sur deux traditions éthiques différentes. L’enjeu premier dans cette recherche des fondations éthiques de la justice consiste a distinguer l’éthique, qui définit la visée de la vie bonne comme c’est le cas dans la téléologie aristotélicienne, de la morale, qui insiste sur les normes à respecter, et de la déontologie kantienne : deux valeurs de référence pour penser l’idée de justice. Le juste 1 (Paris, Éditions Esprit, 1995) montre que la tradition philosophique repose sur l’opposition de deux concepts fondamentaux de la philosophie morale : le bien et le juste. Autour de ces concept, le débat chez les philosophes contemporains se déroule à deux niveaux : d’une part il s’agit de comprendre le déplacement et la priorité de la conception moderne du juste sur la conception ancienne du bien. D’autre part, il s’agit de savoir si ce déplacement produit ou non un progrès moral ou éthique. L’oeuvre pose les questions suivantes : comment prendre en compte les différents critères de la justice sociale, en fonction des divers domaines où celle-ci peut s’exercer ? Comment concilier les points de vue subjectifs avec les principes de justice abstraits ? Ricœur tente alors de construire une médiation herméneutique entre les penseurs libéraux (John Rawls, Théorie de la justice, 1971), et les penseurs communautariens (Charles Taylor, Michaël Sandel, et Michaël Walzer). La pensée de Ricœur cherche ainsi à dépasser le débat libéraux/communautariens lorsqu’il tente notamment de comprendre aussi la justice dans sa relation avec la conflictualité et la violence.