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Le traité de Plotin Sur la contemplation : une réponse aux critiques adressées par Aristote à la théorie platonicienne des Idées

par philo.doctes (12/02/2018)

  • ATTENTION : SÉANCE REPORTÉE AU JEUDI 8 MARS (18h-20h) -

Résumé de l’intervention de Claire Bayle (agrégée de philosophie, lycée Michelet, Vanves) le 15 février 2018 :

Le traité 30 [III, 8] de Plotin Sur la contemplation s’ouvre sur une thèse particulièrement paradoxale : toute chose aspire à la contemplation et y parvient dans les limites de sa propre nature. Alors que la tradition philosophique, et en premier lieu Platon et Aristote, semble soutenir une conception selon laquelle la contemplation (theôria) est une activité proprement humaine voire divine parce qu’elle est activité de ce qu’il y a de divin en nous – notre intellect – Plotin met donc d’emblée en cause cette exclusivité humaine de la theôria. La raison pour laquelle Plotin procède à cette modification paradoxale de l’extension de la theôria tient avant tout à son ontologie : c’est parce qu’il existe une continuité de nature entre les différents principes qui prennent place au sein de la procession mais aussi entre les différents étants sensibles que tous contemplent d’une certaine manière. Ce point ayant été éclairé par un grand nombre d’études, nous ne chercherons pas à l’interroger ici. Partant de l’hypothèse selon laquelle les nombreuses références faites par Plotin à divers aspects de la philosophie aristotélicienne dans ce traité ne sont pas simplement anecdotiques mais font sens dans le cadre de la réflexion menée par celui-ci, nous nous intéresserons en revanche aux rapports qu’entretient le traité 30 avec la conception aristotélicienne de la contemplation. Nous tenterons ainsi de soutenir l’idée selon laquelle ce traité a pour but de défendre la théorie platonicienne des Idées contre deux critiques formulées par Aristote à son encontre. La première, énoncée dans l’Ethique à Nicomaque et dans l’Ethique à Eudème, consiste à dire qu’il ne peut y avoir d’idée du Bien à laquelle participeraient les différents types de biens. La seconde, que l’on trouve principalement aux livres A et Λ de la Métaphysique, a pour but de mettre en avant l’incapacité de la théorie platonicienne des Idées à rendre raison du changement. Contre Aristote, Plotin semble utiliser le modèle aristotélicien de la contemplation pour montrer qu’en définitive, l’efficience des Idées n’a de sens que dans la mesure où chaque raison (logos) joue le rôle de moteur immobile parce qu’elle contemple.