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Connaître ses expériences : problèmes et enjeux de la théorie des concepts phénoménaux

par philo.doctes (11/12/2011)

Intervention du 15 décembre 2011, effectuée dans le cadre du séminaire des doctorants en philosophie de Paris-Sorbonne.

Résumé :

L’expérience consciente semble poser problème à l’ontologie physicaliste (ou matérialiste) qui affirme que tout ce qui existe est de nature physique (ou survient logiquement sur le physique). En effet, l’expérience consciente semble posséder une dimension à la fois subjective et qualitative qui ne semble pas pouvoir être déduite des propriétés possédées par les objets physiques. Ce caractère problématique de l’expérience consciente a pu être formalisé, dans la philosophie contemporaine, sous la forme d’arguments néo-dualistes : argument de la connaissance (Jackson, 1982), argument des zombies (Chalmers, 1996), argument modal (Kripke, 1980), argument du gouffre explicatif (Levine, 1983).

La stratégie des « concepts phénoménaux » (Loar, 1990 ; Papineau, 2002 ; Perry, 2001 ; Stoljar, 2005) constitue une voie permettant au physicaliste de répondre à ces arguments. Son idée-force consiste à remplacer le dualisme ontologique par un dualisme conceptuel : dans ce cadre, la spécificité de l’expérience consciente n’est qu’apparente, dans la mesure où elle ne correspond à aucune spécificité des propriétés de l’expérience consciente. En réalité, elle ne serait qu’une conséquence de la manière particulière que nous avons de saisir les propriétés de l’expérience consciente – qui sont en réalité des propriétés physiques – c’est-à-dire des concepts que nous utilisons pour penser à nos expériences. Ces concepts sont nommés « concepts phénoménaux », dans la mesure où ils nous permettent de penser à la « conscience phénoménale », c’est-à-dire à la conscience dans sa dimension expérientielle et phénoménologique.

Notre présentation effectuera une présentation de cette stratégie, en tentant de déterminer les différentes options que peuvent emprunter ses défenseurs. Il s’agira également pour nous de présenter quelques problèmes qui peuvent se poser à cette stratégie, et d’esquisser des indications concernant ce que pourrait être une bonne théorie des concepts phénoménaux.

Indications Bibliographique :

Chalmers, D. (1996). The Conscious Mind : In Search of a Fundamental Theory. Oxford University Press.

Jackson, F. (1982). Epiphenomenal qualia. Philosophical Quarterly, 32(April), 127-136.

Kripke, S. (1980). Naming and Necessity. Harvard University Press.

Levine, J. (1983). Materialism and qualia : the explanatory gap. Pacific Philosophical Quarterly, 64(October), 354-61.

Loar, B. (1990). Phenomenal States. Dans J. Tomberlin (Éd.), Philosophical Perspectives, 4 : Action Theory and Philosophy of Mind. Atascadero, CA : Ridgeview.

Papineau, D. (2002). Thinking about Consciousness. Oxford University Press.

Perry, J. (2001). Knowledge, Possibility, and Consciousness. Cambridge (Mass.) : MIT Press.

Stoljar, D. (2005). Physicalism and phenomenal concepts. Mind and Language, 20(2), 296-302.