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Le monde comme fond et comme phénomène. Eugen Fink, critique de Husserl et de Heidegger

par philo.doctes (5/06/2012)

Intervention du 7 juin 2012 - Colloque Philo’Doctes.

Résumé :

Ami de Heidegger, élève et assistant de Husserl, collaborateur de ce dernier, dans les années 30, au projet d’une refonte systématique de la phénoménologie – travail dont le témoignage le plus éclatant est la 6e Méditation cartésienne –, Eugen Fink a développé dans l’après-guerre un projet philosophique original dont le but déclaré est de dépasser les limitations qu’il croyait encore à l’œuvre dans les entreprises des fondateurs de la phénoménologie. Ce qui polarise son intérêt dans les cours prononcés et les textes publiés à partir des années 50 est le souci de mettre en évidence le monde comme horizon dernier de toute explicitation phénoménologique. Le mot d’ordre de son approche peut se lire dans l’exergue du livre de 1958, Sein, Wahrheit, Welt. Vor-fragem zum Problem des Phänomens-begriffs : « « L’intention directrice [de notre entreprise] est de mettre en lumière, à la faveur d’une rencontre avec des motifs phénoménologiques des philosophies de Husserl et de Heidegger, l’horizon cosmologique de la question de l’être ». L’inflexion cosmologique que la question de l’être subit a pour préalable une critique des présupposés fondamentaux des phénoménologies husserlienne et heideggérienne que Fink croit saisir dans le primat, chez Husserl, du modèle de « la chose corporelle solide et persistante » (Proximité de distance, p. 192) ou encore dans « l’orientation du concept d’être, [chez Heidegger], par le Logos du langage qui laisse échapper … le caractère spatio-temporel de l’être compris mondainement » (Proximité et distance, p. 143). La mise en évidence des impasses de la phénoménologie classique va de pair avec une réévaluation de la philosophie traditionnelle, qui se traduit notamment par une réinterprétation de la « constitution onto-théologique de la métaphysique » et de son oubli constitutif – qui n’affecte plus l’être mais le monde comme totalité omni-englobante – et du recadrage des rapports entre phénoménologie et spéculation (métaphysique). Contrairement à Husserl, qui dans la conclusion de ses Méditations cartésiennes croyait pouvoir exclure, une fois pour toutes, du domaine légitime de la philosophie, toute « aventure métaphysique », Fink tente de montrer le caractère indispensable de « la pensée spéculative … pour concevoir l’essence ontologique de la constitution intentionnelle de l’étant dans le procès de la vie (Lebensprozess) de la subjectivité » (Proximité de distance, p.124).