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Journée d’études « La connaissance de la conscience » (24 mai 2013)

La journée d’études « La connaissance de la conscience » aura lieu le vendredi 24 mai, en salle W (45, rue d’Ulm), de 9h à 18h15.

Vous trouverez ci-dessous le programme de la journée, ainsi que les résumés des interventions. Le texte de l’appel à contributions est consultable ici.

Comité d’organisation : François Kammerer, Paula Lorelle, John Rogove, Emile Thalabard

Ici un lien pour aider à trouver la salle W, où a lieu la journée d’études

Programme de la journée

9h-9h15 : Introduction (François Kammerer)

9h15-10h : David Zarebski : Lorsque je ne pense pas ce que je pense : l’infaillibilité à l’épreuve de l’argument de la pureté neurale ?

10h-10h45 : Samuel Webb : Observation et immédiateté : comment la conscience se connaît

10h45-11h : PAUSE

11h-12H15 : ALEXANDRE BILLON : Pourquoi sommes nous certains d’exister ?

12h15-14h15 : PAUSE DEJEUNER

14H15-15h00 : Raluca Mocan : La continuité de la conscience selon Aron Gurwitsch, au croisement de la phénoménologie et de la Gestalttheorie

15h00-16h15 : NICOLAS DE WARREN : Le pouvoir de l’habitude

16h15-16h30 : PAUSE

16h30-17h15 : Samir Blakaj : La connaissance introspective et le problème de la généralisation

17h15-18h00 : Fabien Mikol : Une épistémologie sans « connaissance de la conscience » est-elle possible ? La question du scepticisme chez Schlick et Feigl

18h00-18h15 : Clôture de la journée d’études (John Rogove)

Ci-dessous, les résumés de l'ensemble des interventions :

David Zarebski : Lorsque je ne pense pas ce que je pense : l’infaillibilité à l’épreuve de l’argument de la pureté neurale ?

Explicitement endossé pas les théories de la conscience basées sur les récurrences locales (Lamme, 2004 ; van Gaal & Lamme, 2012), l’argument de la pureté neurale consiste à soutenir que, dans le cas où les neuro-sciences parviendraient à un degré de connaissance suffisant, il deviendrait possible de décrire en troisième personne et avec certitude le vécu subjectif phénoménal d’un sujet indépendamment et même contre ce que celui-ci peut effectivement rapporter. Une semblable thèse, en plus de priver la notion commune de conscience de son infaillibilité supposée, apparaît compatible avec l’idée qu’une portion isolée du cortex responsable du traitement d’une propriété spécifique de l’environnement visuel constitue la condition nécéssaire et suffisante pour une expérience phénoménale de cette propriété. Les contre-arguments de ce postulat, basés sur le rôle causal des contenus phénoménaux sur le reste de l’architecture cognitive, menant à l’écueil reciproque que serait un Behaviorisme, nous soutiendrons l’argument contraposé soit que le rôle causal du reste de l’architecture cognitive sur les contenus phénoménaux eux-mêmes exclu cette théorie insulaire de la phénoménalité.

Samuel Webb : Observation et Immédiateté : comment la conscience se connaît

Comment caractériser la manière dont la conscience se connaît ? Cette intervention développe une réponse à cette question, suivant une piste analytico-phénoménologique ouverte par Richard Moran. Moran s’appuie sur Sartre pour critiquer l’approche qui interprèterait en termes d’observation l’apparent privilège dont jouit une personne pour connaître sa propre conscience. Faire ainsi serait modeler la connaissance à la première personne sur celle à la troisième personne. Mais mon esprit ne m’est pas présent comme autant de donnés mentaux, en l’occurrence miens, mais immédiatement. Je ne l’observe pas, je l’ « avoue ». La phénoménologie sartrienne (conscience non-thétique vs. connaissance, intentionnalité, Ego mondain, etc.), offre-t-elle des outils pour rendre compte de l’expérience de cette immédiateté ? A la lumière de cette hypothèse, et à travers une série d’exemples, je propose une manière de comprendre l’immédiateté, non comme absence d’observation, mais comme impliquant l’observation du monde. Je peux avoir une connaissance immédiate de mon expérience consciente dont la visée intentionnelle est le monde dans lequel je suis, et non mes pensées ou mes comportements. Je réévalue enfin le rapport de cette conception à celle des deux auteurs et considère quelques objections qu’elle pourrait soulever.

Alexandre Billon : Pourquoi sommes nous certains d’exister ?

Descartes était certain d’exister. Comme Descartes, nous paraissons être plus certain de penser et d’exister que de quoi que ce soit d’autre. D’où nous vient une telle certitude ? Les philosophes ont fourni une variété d’interprétations du cogito et ils ne s’accordent ni sur le type de pensées dont nous pouvons être certains ni sur les raisons de cette certitude. Selon ce qu’on peut appeler l’interprétation empiriste du cogito, je ne suis certain que de mes expériences et cette certitude, tout comme celle de ma propre existence, provient de leur caractère phénoménal et subjectif. Selon les interprétations rationalistes, je suis au contraire certain d’un sous ensemble d’attitudes propositionnelles réflexives (c’est à dire qui réfèrent à leur propre occurrence) et cette certitude provient de leurs traits rationnels plutôt que de leurs traits phénoménaux. Les patients souffrant de dépersonnalisation ou du syndrome de Cotard peuvent douter qu’ils pensent et qu’ils existent. Je montre que l’étude de ces patients permet à la fois de défendre et de raffiner l’interprétation empiriste du cogito.

Raluca Mocan : La continuité de la conscience selon Aron Gurwitsch, au croisement de la phénoménologie et de la Gestalttheorie

Alors que la psychologie étudie la conscience comme une partie de la réalité, la phénoménologie lui accorde une priorité absolue : c’est par la conscience que nous accédons à tout ce qui existe. Quel rapport existe-t-il entre les lois psychologiques empiriques et les lois eidétiques de la conscience ? Nous tâcherons de répondre en examinant la portée des recherches menées par Aron Gurwitsch (1901-1973). Continuateur de la phénoménologie husserlienne sous une forme noématique, non-égologique, Gurwitsch rapproche cette dernière de la théorie du flux de conscience de William James, de la psychologie expérimentale de Gelb et Goldstein et de la psychologie classique de la forme de Wertheimer, Koffka et Köhler. Contre l’accentuation husserlienne de la dimension subjective des actes de conscience, Gurwitsch considère que l’unification des actes dépend de leurs corrélats intentionnels, les noèmes. Dans la Théorie du champ de la conscience (1957), il érige la loi gestaltiste de la « bonne continuation » en loi eidétique, transposée au niveau de l’analyse phénoménologique. Mais les synthèses sont-elles possibles si le noème n’est pas plein ? Nous analyserons la perspective de Gurwitsch sur l’unité du processus perceptif à la lumière de la phénoménologie husserlienne des synthèses actives et passives.

Nicolas de Warren : Le pouvoir de l’habitude

Cette intervention présentera un examen de la fonction et de la constitution des habitudes dans le contexte du débat entre Dreyfus et McDowell. Il sera montré en quoi ce débat représente une occasion manquée pour insérer la centralité du problème d’habitudes pour toute théorie de « l’esprit et le monde. » Il sera également suggéré que ce débat est marqué par une certaine insuffisance qui reflète elle-même la manière dont la pensée est prise dans une habitude ou image de la pensée. Autrement dit : l’incapacité à reconnaître l’importance de l’’habitude reflète le fait de ne pas reconnaître la pensée comme elle-même déterminée par certaines habitudes.

Samir Blakaj : La connaissance introspective et le problème de la généralisation

La problématique de la connaissance de soi-même s’articule entre autres autour de la question de l’étendue ou de la généralisation de cette connaissance spéciale. La dichotomie classique entre deux classes d’états mentaux selon qu’ils sont plus aisément caractérisables en termes d’intentionnalité ou de conscience, façonne ce problème. Pourtant, des auteurs proposent de placer le curseur ailleurs, et de distinguer les états occurrents, occasionnels, et les états permanents ou établies. Plus précisément, la classe d’états mentaux pour lesquels le sujet a une connaissance particulière est celle pour laquelle le sujet se doit de pouvoir se prononcer quant à « pourquoi est-il dans cet état ? » compris en un certain sens (Moran2012). Le sujet peut manquer de réponse à la question de savoir pourquoi a-t-il mal au pied. En revanche, si quelqu’un croit que p, il se devra en tant que sujet rationnel d’avoir une réponse à la question de savoir pourquoi maintient-il que p. Je soutiendrai l’idée selon laquelle la problématique de la connaissance de soi-même n’a pas à être dépendante de la dichotomie classique du mental, et doit au contraire opter pour une conception que j’appellerai non-cognitive de la connaissance spéciale dont nous jouissons relativement à notre propre vie mentale.

Fabien Mikol : Une épistémologie sans « connaissance de la conscience » est-elle possible ? La question du scepticisme chez Schlick et Feigl

« Pourquoi rejeter l’existence d’une « connaissance de la conscience » ? Nier un fait aussi indubitable, intime et quotidien peut-il s’expliquer autrement que par un goût exacerbé du paradoxe philosophique, ou encore par un physicalisme dogmatique au point d’en devenir aveugle à l’évidence ? L’analyse minutieuse des raisons qui peuvent mener à une telle position épistémologique pourrait bien montrer que, tout au contraire, c’est souvent au nom même d’un retour au phénomène quotidien de la connaissance ainsi que d’un refus des paradoxes philosophiques et de ses conséquences sceptiques qu’on peut en arriver à « nier l’évidence » d’une connaissance de la conscience telle que l’ont ordinairement entendu les philosophes. C’est du moins ce que nous tenterons d’esquisser, notamment en opérant une relecture de l’épistémologie de Moritz Schlick qui, en distinguant radicalement « vivre » et « connaître », s’est passionnément attaché à dénoncer le danger sceptique en germe dans l’idée même d’une « connaissance de la conscience ». »


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