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La fin de l’évolution esthétique : vers une théorie darwinienne des conduites esthétiques et artistiques non réductibles aux valeurs instrumentales

par philo.doctes (14/01/2013)

Intervention du 21 février - Colloque Philo’Doctes

Résumé

La thèse concurrente de la sélection sexuelle avancée par Alfred Wallace en 1895 conduit à la négation de la valeur intrinsèque du beau animalier proposée par Darwin. Il en résulte que toute attribution d’une faculté esthétique potentiellement inhérente aux animaux est exclue au profit d’une réduction du beau animalier à un ensemble d’indices capables de communiquer aux récepteurs la robustesse relative aux émetteurs. La théorie de la signalisation coûteuse est sans doute l’incarnation la plus récente d’une conception wallacienne de la sélection sexuelle. Il se trouve que beaucoup de chercheurs qui prônent une approche psychobiologisante de l’art et de l’esthétique s’emparent de la théorie de la signalisation coûteuse afin de penser l’objet d’étude qui est le leur. Pourtant, à la suite des travaux menés par Richard Prum de l’Universite de Yale, nous sommes amenés à constater que la charge informationnelle particulière aux signaux à coûts élevés est telle qu’elle restreindrait sérieusement la capacité de tels signaux à changer à travers le temps. Si tel est le cas, l’art ne saurait pas, ou seulement sous certaines conditions, être assimilé au statut ontologique d’un signal à coût élevé — statut qui annoncerait du même coup la fin de l’évolution esthétique et donc à certains égards la fin de l’art. Nous allons étendre cette analyse à l’hypothèse récemment émise par l’un des pionniers de l’esthétique empirique, Colin Martindlale, selon laquelle certains arts plastiques et littéraires tendent fatalement vers leur extinction puisque les trajectoires évolutives suivies par les objets à finalité artistique sont régies par deux contraintes fonctionnelles, à savoir le fait d’innover et de communiquer. De cette double exigence fonctionnelle découlerait, à l’échelle culturelle, le même tiraillement entre surcharge informationnelle et variation phénotypique que nous avons rencontré dans le cadre du versant wallacien de la sélection sexuelle appliquée au beau animalier. L’avenir de l’art semble donc osciller entre deux extrêmes selon qu’on lui confère une valeur intrinsèque ou extrinsèque : pérennisation ou extinction.