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Superman, le paradoxe de la fiction et le mystère des fins alternatives

par philo.doctes (12/06/2013)

Intervention du 20 juin 2013 par Florian Cova : Superman, le paradoxe de la fiction et le mystère des fins alternatives

Comment pouvons-nous nous émouvoir du sort des personnages des fictions, rire et pleurer avec et pour eux, tout en sachant qu’ils ne sont pas réels ? Cette question est celle que pose dans le champ de l’esthétique le paradoxe dit « de la fiction ». Le paradoxe de la fiction est constitué de la conjonction des trois propositions suivantes, toutes trois attrayantes, mais incompatibles entre elles :

1) Pour ressentir des émotions pour ce qui arrive à quelqu’un, il nous faut croire que cette personne est réel, tout comme ce qui lui arrive. 2) Nous ne croyons pas que les personnages de fictions (et ce qui leur arrive) sont réels. 3) Nous ressentons des émotions pour ce qui arrive aux personnages de fiction.

Une solution répandue au paradoxe de fiction est de rejeter la proposition 3 : nous ne ressentons pas de véritables émotions au paradoxe de la fiction. Cette solution a plus particulièrement été développé dans le cadre de théories pour lesquelles notre rapport à la fiction est une forme de jeu de « faire semblant ».

Dans cette intervention, je proposerai une solution alternative, selon lequel le paradoxe de la fiction est tout simplement mal formulé. Pour ce faire, je ne m’attaquerai pas directement au paradoxe de la fiction, mais commencerait par un autre mystère : celui de la rareté de fins alternatives de la fiction. J’expliquerai commet cette absence est d’autant plus étrange que la présence de fins alternatives et d’univers « ouverts » est souvent un plus dans les autres formes de jeu de faire semblant (livres dont vous êtes le héros, jeux de rôles, jeux vidéos). Je soutiendrai que cette particularité de la fiction montre qu’elle n’est pas un jeu de faire semblant.

Puis je tenterai de résoudre le mystère des fins alternatives en montrant que l’absence de fins alternatives s’explique par notre besoin de déterminer ce qui est vrai et faux au sein même de la fiction. J’analyserai en particulier la nécessité d’avoir un « canon » dans le cas d’univers fictionnels vaste, comme celui de DC Comics.

Cela me permettra de conclure que les gens distinguent le vrai du faux à l’intérieur même de la fiction. Fort de cette conclusion, je me proposerai dans un dernier de montrer que cette distinction permet de dissoudre aisément le paradoxe de la fiction.

*Lecture recommandée :

Radford, C. (1975). How can we be moved by the fate of Anna Karenina ? Proceedings of the Aristotelian Society, Supplementary Volumes, 49, 67-93.

(traduction française disponible en ligne : https://docs.google.com/document/d/...)

*Autres références :

Currie, G. (1990). The Nature of Fiction. Cambridge : Cambridge University Press.

Neill, A. (1993). Fiction and the Emotions. American Philosophical Quarterly, 30, 1-13.

Walton, K. (1990). Mimesis as Make-Believe : On the Foundations of the Representational Arts. Cambridge : Harvard University Press.