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Non-sens, contre-sens, et l’intuition du grammatical

par philo.doctes (23/10/2013)

Intervention du 7 novembre de John Rogove

Résumé : En quoi consiste le non-sens ? A quoi le reconnaît-on ? Y a-t-il des non-sens moins sensés que d’autres, qui seraient totalement insaisissables, là ou d’autres pourraient être saisis en tant que quelque chose qu’on reconnaîtrait après-coup comme du non-sens ? Ou des fragments de sens qui, si l’on les met ensemble d’une certaine manière, deviennent insensés - du sens qui s’érigerait contre lui-même alors, dans ce qu’on appelle un « contre-sens » ?

On peut dégager toute une gamme de réponses typées à ces interrogations : celles de type wittgensteinien, qui consistent à mettre tous les non-sens dans un seul sac en les déclarant indistinguables les uns des autres en tant que dérogations aux règles génératrices d’énoncés sensés ; celles de type meinongien qui accordent un genre de subsistance ontologique à des objets qui sont néanmoins, de par l’impossibilité de les constituer, insensés ; celles, intermédiaires, de type phénoménologique, qui consistent précisément à distinguer non-sens (Unsinn) du contre-sens (Widersinn) dans un « étagement » des objets impossibles dont Wittgenstein voudrait (dé)montrer l’absurdité ; et finalement une position carnapienne, encore intermédiaire entre celles de Husserl et de ses confrères wittgensteiniens du Cercle de Vienne.

L’enjeu de ces questions n’est rien de moins que la nature de la logique formelle et la possibilité des logiques matérielles et transcendantale, et de la subordination ou non du voir intuitif descriptible au dire performatif instaurateur, questions fondatrices pour la phénoménologie et peut-être réglées trop vite du côté analytique, et partant du statut et de la légitimité mêmes du discours philosophique, dans ce que celui-ci peut et ne peut dire.

Bibliographie indicative :

Carnap, Syntaxe logique du langage

Husserl, Recherches logiques I, III, IV, VI.

Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus

« Quelques remarques sur la forme logique »

Cours de Cambridge, 1932-35

Grammaire philosophique

Schlick, Waismann et Wittgenstien, Wittgenstein et le Cercle de Vienne

Schlick, « Gibt es ein materiales a priori »

Théorie générale de la connaissance

Benoist, Jocelyn, Phénoménologie, sémantique, ontologie, PUF, 1997

L’a priori conceptuel : Bolzano, Husserl, Schlick

Bouveresse, Jacques, Dire et ne rien dire. L’illogisme, l’impossibilité et le non-sens, Jacqueline Chambon, 1997