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Après Husserl : limites, possibilités et actualités du projet phénoménologique

par philo.doctes (17/11/2013)

Intervention du 5 décembre 2013 de Marco Spina

Résumé : « Le trait le plus caractéristique de la phénoménologie tardive est probablement sa fixation sur la question des limites », affirme Jocelyn Benoist dans un article, inédit, intitulé « De l’autre côté de la limite ».

En prenant cette observation comme fil conducteur de mon parcours, ce texte est consacré à un petit nombre de questions fondamentales qui mettent la phénoménologie elle-même en question et à propos desquelles elle continue, inlassablement, de s’interroger.

Au risque de m’aventurer et de susciter des objections, je me permets de poser trois questions fondamentales - celles du sujet et de l’intentionnalité, celle du corps propre et celle de l’intersubjectivité. On pourrait dire de ces questions, en reprenant une expression de Merleau-Ponty, qu’elles nous font toucher les « limites » de la phénoménologie, lesquelles ne sont d’ailleurs pas différentes de celles de la philosophie elle-même.

1_Quel est le « sujet » de l’expérience ? Ce sujet est-il psychologique, transcendantal, ontologique ? L’expérience est-elle même expérimentée ? Faut-il avoir recours au lexique de l’intuition et de la perception pour qualifier l’expérience primordiale ?

2_La légitimité du concept même de Leib et de ses prolongements à l’intérieur du courant phénoménologique n’y est jamais questionnée en tant que telle. Non seulement on ne se demande pas si les descriptions de cette « chair » au fil conducteur de l’expérience du toucher redoublé est tenable, mais on ne soulève même pas la question de savoir si l’adoption de ce concept chez Husserl et ses successeurs n’est pas conditionnée par des présupposés discutables et, en vérité, par tout un cadre théorique, de sorte que la mise en question de certains aspects centraux de ce cadre devrait conduire inévitablement à une révision en profondeur de ce concept.

3_L’expérience est-elle subjective ? L’intersubjectivité serait assurée « from the start » par le caractère public de la pensée et du langage ? Les choses sont-elles si simples ? Ou pouvons-nous parler, plutôt, d’une co-expérience ? Husserl l’a dit et redit, l’a répété presque ad nauseam : notre monde est d’emblée un monde commun. Mais une chose est de le dire, autre chose de le penser. Comment soutenir à la fois la clôture égologique absolue de l’ego - de mon ego - et la communauté transcendantale ?