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Günther Anders : la visibilité à l’ère technique

par philo.doctes (10/01/2014)

Intervention du 16 janvier 2014 de Chiara Pavan

Résumé : À partir des années 1950, une fois rentré en Europe après la guerre et pendant la fondation du mouvement anti-nucléaire, Günther Anders, qui avait étudié à Fribourg avec Husserl et Heidegger, entreprend le travail de rédaction de son œuvre majeure, Die Antiquiertheit des Menschen (L’obsolescence de l’homme), qui paraîtra en deux volumes, en 1956 et en 1980. L’intérêt qui guide sa pensée ne se déploie pas seulement dans une description des phénomènes du monde et de l’homme contemporains, mais aussi dans une critique intransigeante du régime technique qui les domine. En refusant, comme déjà le faisait Heidegger en 1949, l’interprétation instrumentale de la technique, qui en ferait un simple outil ou une machine particulière dont l’homme se servirait, Anders interprète la technique comme un système totalitaire, porteur d’une morale et d’une ontologie spécifiques. D’où l’originalité et la radicalité de son analyse : loin de critiquer le système technique en s’appuyant sur un prétendu monde naturel ou sur une essence humaine prédéterminée, loin de faire émerger un vieux sentimentalisme pour éveiller la conscience humaine, Anders réemploie les instruments de l’ontologie et de la phénoménologie pour rendre compte du danger que le système de production actuel implique, de même que pour mettre en évidence la progressive transformation de l’homme en produit. Dans ce cadre, nous allons interroger en particulier l’idéal de visibilité, se situant au cœur de l’ontologie et de la morale techniques. Pour ce faire, nous prendrons en considération, d’une part, la visibilité dans le monde des produits, à savoir la coïncidence entre être et apparence (Schein) établie depuis la primauté acquise par la reproduction, ainsi que la critique de l’aspect (Aussehen) des appareils, qui demeurent d’une certaine façon muets et invisibles. D’une autre part, nous allons interroger le rôle de la visibilité dans la sphère émotive de l’homme, ce qui permettra de déceler la honte comme le trait déterminant la position de l’homme à l’ère technique.

Bibliographie

  • ANDERS Günther, Die Antiquiertheit des Menschen I, München, Beck, 1956, trad. fr. par Christophe David, L’obsolescence de l’homme, Paris, Ivrea, 2001.
  • ANDERS Günther, Die Antiquiertheit des Menschen II, München, Beck, 1980, trad. fr. par Christophe David, L’obsolescence de l’homme. Tome II, Paris, Fario 2011.
  • ANDERS Günther, Über Heidegger, München, Beck, 2001.
  • ANDERS Günther, Wir Eichmannsöhne, München, Beck, 2002 [1964], trad. fr. par S. Cornille et P. Ivernel, Nous, fils d’Eichmann, Paris, Payot&Rivages, 2003 [1999].
  • LIESSMANN Konrad Paul (Hrsg), Günther Anders kontrovers, München, Beck, 1992.
  • SONOLET Daglind, Günther Anders : Phénoménologie de la technique, Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, 2006.