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Wittgenstein et le problème du libre arbitre

par philo.doctes (22/01/2014)

Intervention du 30 janvier 2014 de Marco Mangiarotti

Résumé : Dans Les leçons sur la liberté de la volonté, Wittgenstein déclare ne pas vouloir plaider en faveur de la liberté de la volonté ou contre elle. Le philosophe autrichien cherche plutôt à montrer que la menace du déterminisme sur la liberté découle d’une confusion conceptuelle. Pour comprendre sa démarche, il faut considérer le problème du libre arbitre comme un « faux problème », au même titre que les problèmes du doute sceptique cartésien et du solipsisme. Les analyses de Stanley Cavell sur ces derniers thèmes sont précieuses pour éclaircir ce point de vue. Wittgenstein soutient qu’une démonstration de la vérité du déterminisme ne pourrait pas facilement nous faire abandonner nos réactions morales de blâme et de ressentiment. Mais ces dernières ne sont pas si difficiles à abandonner simplement en tant qu’elles seraient des manifestations émotives, et donc insensibles, à un certain degré, aux considérations rationnelles. C’est notre rationalité pratique qui résiste à la menace du déterminisme, comme d’autre part notre croyance ordinaire en l’existence de la réalité externe et de l’esprit des autres résiste au doute philosophique.

La menace du déterminisme repose sur un malentendu concernant les critères de la responsabilité personnelle : parfois, pour établir cette dernière, nous devons avant tout vérifier si une personne pouvait ou non faire autrement, dans d’autres cas il s’agit plutôt de savoir si nous pouvons raisonnablement exiger qu’une personne agisse d’une certaine façon. La confusion se manifeste aussi dans le fait de conférer au premier critère un champ d’application qu’il n’a pas : par exemple, en l’appliquant sans réserve dans les cas d’akrasie.

Dans nos prétentions ordinaires de connaissance morale nous devons à la fois établir si un sujet est responsable de ses actes (s’il a la possibilité de faire autrement) et s’il est responsable de soi (si on peut exiger de lui le respect de certains devoir). En touchant seulement le premier aspect de la question, le « futur unique » que les philosophes dérivent du déterminisme ne peut entrer qu’à titre abstrait dans une considération éthique, ne s’appliquant à aucun cas particulier.